Difficile, dans cette société de plus en plus matérialiste, de savoir ce qui est important, et ce qui ne l’est pas. Mais parfois, un évènement impromptu peut amener à se poser les bonnes questions.

Une nuit, il y a un peu plus d’un an de cela, je me suis réveillée avec de la fumée dans mon appartement. En sortant sur mon balcon depuis ma chambre, j’ai été frappée par la vision apocalyptique de mon immeuble – dans lequel je me trouvais – en train d’être dévoré par les flammes. Une fois dehors, saine et sauve, entourée de mes proches, sonnée et reconnaissante d’être en vie, j’étais convaincue d’avoir tout perdu. Etrangement sur le moment, cela ne m’a ni dérangée, ni paniquée. Je crois qu’on ne se pose jamais vraiment la question de l’importance qu’ont nos biens matériels à nos yeux jusqu’à ce qu’on se retrouve face à la possibilité d’être dépossédé de tout. Pendant quelques jours, je me suis littéralement glissée dans la peau d’une autre – ma meilleure amie, en l’occurence. Je portais ses sous-vêtements, son manteau, son jean, j’avais son argent et sa brosse à dent (enfin une neuve, j’espère !). Je ne réalisais pas, à cet instant, que j’étais l’ombre de moi-même. La perte de repères était totale, et dans la confusion, je ne parvenais pas en définir la cause. Quand j’ai pu accéder à mon appartement, après avoir gravi ce qu’il restait de ma cage d’escaliers en ruine, j’ai été traversée par une onde de choc. Ma porte étant restée fermée pendant l’évènement, mon appartement semblait « intact ». Tout, y compris mes bouquets de fleurs séchées (!) était à sa place, comme figés dans le temps et l’espace, en contraste si fort avec le chaos qui se trouvait à quelques mètres à peine. J’ai donc pu récupérer quelques affaires en attendant la suite, dont une petite paire de boucles d’oreilles en forme de croix que je portais tous les jours et qui étaient restées sur ma table de nuit, puisque je les enlève pour dormir, et que j’ai immédiatement remises. Et voilà comment, en l’espace d’une demi seconde, je suis redevenue moi. Ce geste qui peut paraître banal et peut-être même le comble de la superficialité m’a permis de retrouver mes repères. Tout ce qui est matériel est évidemment remplaçable et secondaire. Malgré tout une chose est sûre, je ne culpabiliserai plus d’aimer posséder des choses qui restent.

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